Vous êtes ici : Accueil > On a aimé > Yamou, un jardin dans la voie lactée
Le contenu de Dimabladna vous satisfait :




Inscrivez-vous à la newsletter pour être tenu au courant de l'actualité de la fondation


Un e-mail de confirmation
vous sera envoyé pour valider votre inscription

AddThis Social Bookmark Button
Envoyer par emailImprimerCréer un PDF
26 sep
2017
 

Yamou, un jardin dans la voie lactée

Par : Bouchra Lahbabi
La galerie casablancaise L’Atelier 21 accueille une exposition du peintre marocain Abderrahim Yamou du 26 septembre au 4 novembre. Dans un univers turquoise et lacté, des branches sèches tentent de réécrire le monde, où apparaissent délicatement des fruits cellulaires.

Abderrahim Yamou revient à la galerie L’Atelier 21 (Casablanca, 26 septembre-4 novembre). Il nous revient avec une fraîcheur toute nouvelle, cosmique cette fois. Les rêves de jardins sont centrés sur leur ré-éclosion possible, dans une partition au stade de sa germination, émergeant dans le champ des galaxies. Ce chant de renaissance vient comme une station ascensionnelle du cheminement de l’artiste dans les jardins de la vie, comme dans ceux de la peinture. A ses débuts, il avançait dans « le pays de la terre brune », ses paysages ocres entre après-midis grèges et soirs anthracites, ses forêts profondes aux reflets ambrés et rougeoyants, sortant de nuits noires. Dans une seconde phase, il musardait dans la luxuriance verte d’oasis gorgées de vie, dans des paradis terrestres comme en regorgeaient les terres du Sham, et dont les feuillages et branchages, à la fois denses et délicats, bruissaient de contes islamiques où règne le jardin mythique. Des éclats solaires et teintes chaudes effleuraient encore ses toiles.

Yamou-01

Eclat lunaire

Aujourd’hui, sur les toiles de Yamou, c’est un monde dépouillé, polaire, lunaire, qui voudrait se redessiner, comme après un déluge qui a tout emporté avec lui. Ce sont d’amples espaces aux coulées turquoises dominantes qui vont présider la composition. Une couleur qui n’était encore jamais apparue dans ses précédents travaux, sauf en de rarissimes et fugitives apparitions, à peine perceptibles. Il y a certes une ou deux toiles au fond beige rosé, ou prune… Mais le turquoise est prépondérant ; teintes entre bleu et vert, entre le céleste et le végétal, qui miroitent entre les surfaces et les fonds océaniques ; couleur délicate de l’aube sans rayons, comme celle qui surgit de la Nuit du Destin ; couleur de la création de l’amour, de l’espoir, et hautement esthétique… Pour dire que lorsque tout a disparu, la Beauté, la Vérité est toujours là. En outre, l’esthétique a toujours été une préoccupation majeure de ce peintre. Couleur, aussi, impériale : elle est, par exemple, emblématique de l’Empire de la Sublime Porte aux somptueux jardins, l’Empire ottoman qui avait dominé le monde…

Sur ces toiles récentes de Yamou, où le monde chercherait à se recomposer dans une atmosphère originelle, il semble tout de même sourdre dans le majestueux silence, des voix du passé, de l’Histoire humaine. Les reliques en seraient ces branches effeuillées et sèches, certes graciles pour la plupart d’entre elles, mais pourtant plus volumineuses que celles des toiles antérieures, aux branchages presque évanescents et dansants. Ces branches brun clair, plus ou moins fines, plus ou moins solides ou chancelantes, vont s’élancer dans l’espace infini, en bouquets ou entrelacs, tantôt alignées, tantôt entremêlées, courant, s’étirant, ou dessinant des circonvolutions dans cet espace à la fois aérien et aquatique, comme cherchant à tracer, à réécrire une nouvelle histoire. Les matières uniques et essentielles de ces compositions sont l’eau source de vie, et le bois, juste dans sa version du « calame », évoquant le papier et le roseau, « pensant » et écrivant, qui écrit ou réécrit l’Histoire, le Destin, le monde.

Yamou-02

Puis, émergent peu à peu sur les flancs des rameaux et leur trajectoire, miracle, des « fruits ». Miracle de la vie, de la force de vie. Mais les fruits sont encore en leur état primordial, cellulaire. Ces cellules « bourgeonnent » ici et là sur ces ramifications, et en d’autres, ce sont des sortes de fleurettes, ou alors, ce ne sont que des noyaux, ou encore de premières notes de musique de la partition qui se cherche. Les teintes de tous ces « fruits » sont encore turquoises, noires ou argentées.

Les fonds incluent également des étendues immaculées, neigeuses, ainsi que d’autres, sombres et noires. Aucun éclat solaire, la lumière est entièrement lunaire, l’astre resplendit de nuit comme de jour… (Comme en nos temps présents, où nous voyons souvent la lune en plein jour, alors qu’il y a quelques années, cela était impensable).

Yamou-03

Sur deux à trois tableaux, les fleurettes gagnent bientôt l’air libre, rejointes par d’autres éléments végétaux, des galets turquoise, et même, sur un rameau, deux ou trois feuilles translucides apparaissent. Des notes de joie, d’espoir …

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir