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NOS FRÈRES D’AFRIQUE ET NOUS.

Les Subsahariens au Maroc

Par : Mouna Lahrach
Ils sont des milliers d’Africains à avoir choisi de poser leurs bagages au Maroc, attirés, selon les cas, par la qualité des cursus scolaires, la proximité avec l’Europe, la stabilité du pays ou les opportunités d’emploi…Beaucoup sont là, aussi, faute de pouvoir passer de l’autre côté de la Méditerranée, dans un transit qui s’éternise…

Suite au durcissement de la politique migratoire européenne, on assiste depuis quelques années à une présence massive de Subsahariens dans les grandes villes du royaume. Faute de pouvoir rejoindre l'eldorado européen, ces hommes et ces femmes de couleur préfèrent rester au Maroc que de subir l'humiliation du retour au pays. Mais à quel prix ?

Englobés de manière lapidaire dans l'appellation « el kouhal » « les noirs », ces migrants parcourent des milliers de kilomètres pour arriver jusque chez nous. Rêvant comme tout être humain d'une vie meilleure, ils risquent leur vie dans le désert, portés par l'espoir de passer de l'autre côté de l'Atlantique. Mais une fois à la porte du détroit, ils doivent renoncer, de manière provisoire du moins, à leur projet de traversée. Ils tentent alors de trouver chez nous ce qu'ils allaient chercher en Europe, à savoir un travail décent pour accéder à une vie digne. Très vite cependant, il leur faut déchanter. Pour travailler, il leur faut un titre de séjour. Mais pour obtenir celui-ci, un contrat de travail est nécessaire. Selon la législation marocaine, l'étranger désirant exercer une activité professionnelle salariée au Maroc doit justifier d'un permis de travail délivré par le ministère de l'Emploi. Ce document est indispensable pour l'obtention du titre de séjour. Une vraie partie de ping-pong. Pour les migrants subsahariens qui débarquent sans contrat de travail, c'est le parcours du combattant pour régulariser leur situation« Les administrations et les autorités marocaines nous posent de gros problèmes qui nous empêchent de nous intégrer » crie haut et fort, Alpha Amoulou Dialo, un jeune marchant ambulant sénégalais. Longtemps attendu, le décret portant sur l'application de la loi relative à l'entrée et au séjour des étrangers au Maroc et à l'émigration, publié au BO du 6 mai 2010, a suscité de nombreuses critiques de la part des spécialistes car jugé trop court, et parfois incohérent. Ce décret ne s'intéresse qu'à la partie liée au séjour des étrangers au Maroc et ne traite pas de la condition des étrangers en situation irrégulière. Ces Subsahariens, du fait de leur situation irrégulière, vivent dans la crainte des interpellations. A cela s'ajoute l'absence d'un travail stable qui fait sombrer nombre d'entre eux dans la précarité et le désespoir. « Je suis venu ici pour travailler et me voilà en train de vendre des vêtements et des accessoires dans la rue. Je préfère cela à demander la baraka (mendier). Mais les autorités nous traitent mal, j'ai été battu à coups de pieds à cause de mon commerce ambulant » déplore-t-il avec amertume.

En dehors des chiffres relatifs aux étudiants africains qui poursuivent des études au Maroc, il n'existe aucune statistique officielle recensant les migrants subsahariens séjournant illégalement au Maroc. Ils sont pourtant de plus en plus nombreux. D'après certaines sources, leur nombre avoisinerait les quinze mille personnes. Malgré les démarches de nombreuses associations, les vides juridiques perdurent en matière de droits des étrangers au Maroc. Après trois mois de résidence au Maroc sans visa, ces migrants tombent dans l'illégalité et peinent à obtenir un permis de travail, priorité étant donnée aux nationaux en matière d'emploi.

La communauté estudiantine, le malaise persiste

A côté des clandestins et des travailleurs en situation régulière, il y a ceux qui viennent pour étudier. Sénégalais, Ivoiriens, Maliens, Congolais, Guinéens, Gabonais, Kenyans ou Nigériens, ils ont choisi de venir poursuivre leurs études supérieures dans les universités marocaines. Leur nombre n'a cessé de croître au cours des cinq dernières années. Aujourd'hui, Ils sont près de 10 000 étudiants subsahariens au Maroc. « Dans mon pays, il y a trop de perturbations tandis que le Maroc est un pays stable » explique Cheikh, originaire du Niger, l'un des pays les plus pauvres de la planète. Voilà sept ans que ce Nigérian suit des études de gestion au Maroc, où il est venu rechercher un enseignement de qualité. Les études marocaines sont non seulement cotées mais également plus accessibles qu'ailleurs, le Royaume accordant des bourses à plus de 80% des jeunes étrangers inscrits dans l'enseignement public. Pourtant, quand on s'entretient avec ces jeunes étudiants, on perçoit très vite un réel malaise lié à leur intégration. Celle-ci s'avère fort difficile pour ces jeunes de couleur. « Dans la rue et dans les lieux publics, nous sommes souvent insultés ou agressés verbalement », raconte avec amertume, Seynabou, une étudiante camerounaise. « Comment, dans de telles conditions, parler d'intégration ? » se désole-t-elle.

Le repli communautaire

Faute d'être acceptée, cette communauté subsaharienne se replie sur elle-même, créant son propre microcosme. Elle a ses lieux de rencontres, ses commerces spécifiques et ses associations montent leurs propres événements, culturels et festifs. « C'est notre manière à nous d'atténuer le dépaysement. Dans nos pays d'origine, nous avons l'habitude de faire la fête presque tous les jours. Dans les grandes villes marocaines, ce n'est pas dans les traditions. Heureusement que ces associations existent », explique fièrement Maurice, un jeune étudiant camerounais. Musique, gastronomie et lieux de rencontres... nos amis subsahariens restent entre eux, quitte à vivre en ghetto. « Nous sommes perçus comme des gens sales, qui créent des problèmes, qui font trop de bruit... La plupart des propriétaires nous refusent comme locataires. Et quand ils acceptent, tu sens que tu n'es pas vraiment le bienvenu » poursuit tristement Maurice. Force est de constater que les Marocains, à l'égard des Subsahariens, ne font guère preuve de leur hospitalité légendaire.

Chiffres

  • De 4926 étudiants en 2001, les étudiants subsahariens sont passés à plus de 7000 inscrits en 2007, soit une augmentation de 42% en 6 ans.
  • Tous les ans près d'un millier d'étudiants viennent gonfler les effectifs.
  • 3000 étudiants subsahariens sont inscrits dans des établissements de l'enseignement privé.
  • (Sources : Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), Confédération des élèves, étudiants et stagiaires africains étrangers au Maroc(CESAM),

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